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dimanche, décembre 01, 2013

Le Chocolat Bonnat



Parce qu'il n'y a tout de même pas que Pralus dans la vie d'un amateur de chocolat, je me devais de goûter les tablettes de chez Bonnat. Etablie à Voiron, voilà près de 30 ans que cette maison propose une sélection fine de chocolats "pure origine". Elle a adopté depuis longtemps une approche locale du bout du monde. au plus près de ses fournisseurs, les producteurs de cacao.

Il y a quelques années, les artisans chocolatiers fabriquant eux-même leurs couvertures, directement à partir des fèves, se comptaient sur les doigts de la main : Bonnat, Pralus, Cluizel, Marcolini (quoique celui-ci soit belge). Aujourd'hui la tendance à la fabrication revient en force ! Alain Ducasse a récemment ouvert en grande pompe sa manufacture près de Bastille ; même Jean-Paul Hévin s'y met dans sa chocolaterie de Colombes. D'où vient ce soudain engouement ? Recherche d'une qualité d'exception, problème d'approvisionnement auprès des couverturiers, volonté de développer un mode de production plus équitable, ou simple coup de pub ? L'avenir nous le dira peut-être.

Mais revenons à nos moutons. Le chocolat Bonnat se présente sous la forme de petits carrés, qui cassent net sous la dent et fondent lentement en bouche. La texture semble moins grasse que celle du chocolat Pralus. Le goût est pur, celui d'un chocolat fin. Tablettes approuvées !

En enfermant Albertine j'avais du même coup rendu à l'univers toutes ces ailes chatoyantes qui bruissent dans les promenades, dans les bals, dans les théâtres, et qui redevenaient tentatrices pour moi parce qu'elle ne pouvait plus succomber à leur tentation. Elles faisaient la beauté du monde. Elles avaient fait jadis celle d'Albertine. C'est parce que je l'avais vue comme un oiseau mystérieux, puis comme une grande actrice de la plage, désirée, obtenue peut-être, que je l'avais trouvée merveilleuse. Une fois captif chez moi, l'oiseau que j'avais vu un soir marcher à pas comptés sur la digue, entouré de la congrégation des autres jeunes filles pareilles à des mouettes venues on ne sait d'où, Albertine avait perdu toutes ses couleurs, avec toutes les chances qu'avaient les autres de l'avoir à eux. Elle avait peu à peu perdu sa beauté. Il fallait des promenades comme celles-là, où je l'imaginais sans moi accostée par telle femme ou tel jeune homme, pour que je la revisse dans la splendeur de la plage, bien que ma jalousie fût sur un autre plan que le déclin des plaisirs de mon imagination.

Marcel Proust, La prisonnière.

dimanche, février 24, 2013

Baba au Rhum Infiniment Vanille de chez PH


Le Baba au Rhum Infiniment Vanille de chez PH, c'est un biscuit spongieux imbibé de sirop de vanille et de vieux rhum brun agricole, garni d'une crème mascarpone (mélange de crème anglaise prise et de mascarpone) à la vanille, parsemée de cubes de sablés croustillants à la vanille. J'ai déjà parlé du goût "infiniment vanille", créé à partir de trois variétés de vanille différentes. Ici, les grains croustillent sous la dent, l'association est divine. Une réserve toutefois, concernant l'utilisation de gélatine, dont la présence se fait sentir de manière intempestive quand le gâteau est dégusté froid.


— Voyez-vous, dis-je et en me tournant à demi vers Saint-Loup, pour ne pas avoir l’air de m’isoler, ainsi que vers son camarade, et pour le faire participer à la conversation, c’est que l’influence qu’on prête au milieu est surtout vraie du milieu intellectuel. On est l’homme de son idée ; il y a beaucoup moins d’idées que d’hommes, ainsi tous les hommes d’une même idée sont pareils. Comme une idée n’a rien de matériel, les hommes qui ne sont que matériellement autour de l’homme d’une idée ne la modifient en rien.

Marcel Proust, Du côté de Germantes.

samedi, octobre 15, 2011

The " Quart Citron "



Le quatre-quart est un gâteau traditionnel breton, dont la composition se résume à des oeufs, de la farine, du sucre et du beurre, en quantités égales. Le quart citron est une sublimation du quatre-quart, par l'acidité du fruit, et le sucre qu'appelle cette acidité. La recette qui suit ne comporte pas de levure, aucune tentative n'est faite pour que la préparation lève, les blancs ne sont pas montés en neige.


Qu'est-ce qu'il nous faut ?

  • 3 gros citrons (4 petits)
  • 4 gros oeufs
  • 180g de farine
  • 180g de sucre en poudre
  • 180g de beurre mou
  • 1 gros citron (2 petits)
  • sucre glace

Comment procéder ?

  1. Battre le beurre en pommade, seul d'abord puis avec le sucre
  2. Râper le zeste de 2 citrons et l'ajouter ; presser le jus des 3 (ou 4) citrons et l'ajouter
  3. Incorporer les oeufs deux à deux, au fouet
  4. Ajouter la farine et bien mélanger
  5. Garnir un moule à cake de la préparation ; cuire au four, à 190-200°C pendant 15 minutes, puis à 170-180°C pendant 30-40 minutes ; laisser refroidir 10 minutes avant de démouler
  6. Presser le jus d'1 (ou 2) citron; ajouter progressivement du sucre glace et remuer, jusqu'à obtenir un mélange épais blanchâtre ; badigeonner le gâteau de ce glaçage avec un pinceau.
Pour parfaire le chef d'oeuvre, je vous conseille d'ajouter une poignée de graines de pavot avant la farine et de décorer le quart citron de quelques écorces d'orange confites. Ou de laisser libre cours à votre imagination...


- Je ne vous dis pas, répondit le duc, mais c'est plus élégant qu'ils soient de la même couleur que la robe. Et puis, soyez tranquille, elle n'aurait pas été plutôt arrivée qu'elle s'en serait aperçue et c'est moi qui aurais été obligé de venir chercher les souliers. J'aurais dîner à neuf heures. Adieu, mes petits enfants, dit-il en nous repoussant doucement, allez-vous-en avant qu'Oriane ne redescende. Ce n'est pas qu'elle n'aime vous voir tous les deux. Au contraire, c'est qu'elle aime trop vous voir. Si elle vous trouve encore là, elle va se remettre à parler, elle est déjà très fatiguée, elle arrivera au dîner morte. Et puis je vous avouerai franchement que moi je meurs de faim. J'ai très mal déjeuné ce matin en descendant de train. Il y avait bien une sacrée sauce béarnaise, mais malgé cela, je ne serai pas fâché du tout, mais du tout, de me mettre à table. Huit heures moins cinq ! Ah! les femmes ! Elle va nous faire mal à l'estomac à tous les deux. Elle est bien moins solide qu'on ne croit. Le duc n'était nullement gêné de parler des malaises de sa femme et des siens à un mourant, car les premiers, l'intéressant davantage, lui apparaissaient plus importants. Aussi fut-ce seulement par bonne éducation et gaillardise, qu'après nous avoir éconduits gentiment, il cria à la cantonade et d'une voix de stentor, de la porte, à Swann qui était déjà dans la cour:
- Et puis vous, ne vous laissez pas frapper par ces bêtises de médecins, que diable ! Ce sont des ânes. Vous vous portez comme le Pont-Neuf. Vous nous enterrerez tous !

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu

dimanche, mai 29, 2011

En rester Baba !


Depuis que j'ai goûté les impressionnants babas italiens, servis tout nus, à la Pasticceria Pannocchi de Roma, via Bergamo, 56, l'idée me trotte dans la tête de me lancer moi-aussi dans l'aventure du Baba au Rhum... Le dernier numéro du magazine Desserts, de Relais Desserts, qui met à l'honneur la chantilly, m'a terriblement fait envie, précipitant mon passage à l'acte avec la recette d'Aurélien Trottier, pâtissier à Angers. Comme à mon habitude face à une nouveau challenge sucré, je me suis aussi tournée vers une valeur refuge, Pierre Hermé et son Larousse du Chocolat. Après deux-trois calculs et compromis, je suis arrivée à la recette qui suit.

Le baba est un gâteau brioché, et qui dit brioché, dit levée obligatoire, mie aérienne requise. La brioche n'étant pas mon fort (pour cause de four tout en puissance, de lait froid qui fait tout retomber...etc), j'avoue que j'avais d'abord quelques doutes et appréhensions. PH recommande un travail de la pâte musclé, une levée classique d'au moins une heure, puis une pousse tout aussi longue... autant dire qu'il faut être motivé. Fort heureusement, A. Trottier a une astuce, que je vous livre sans vergogne : verser le beurre fondu encore tout chaud sur la pâte et laisser reposer avant de l'amalgamer, de sorte que la chaleur du beurre va activer la levure et accélérer la montée. Efficacité garantie. J'ai agrémenté mon baba de raisins secs (il paraît que sinon c'est un savarin...?). J'ai suivi les indications de PH pour le jus, qui s'est révélé excellentissime. Enfin, j'ai monté ma chantilly sans trop forcer, parce que j'ai toujours peur qu'elle vire au beurre.



Qu'est-ce qu'il nous faut ?
  • 1/4 de paquet de farine
  • 1/4 de paquet de sucre
  • 1 boîte d'oeufs
  • 1 cube de levure de boulanger
  • 1/2 plaquette de beurre frais
  • un peu de miel (acacia)
  • un peu de sucre glace
  • des bâtons de cannelle
  • un peu de cannelle en poudre
  • deux petites bouteilles de crème liquide
  • une bouteille de rhum ambré
  • 1 citron et 1 orange
  • une poignée de raisins secs
  • 1/2 gousse de vanille
  • 1 pincée de sel
Comment procéder ?
  1. Réhydrater les raisins secs dans un peu d'eau chaude avec quelques gouttes de rhum
  2. Faire tiédir 50 mL d'eau et y dissoudre le sel, 1cc de miel et 25g de levure
  3. Prélever la moitié du zeste de citron et l'ajouter au mélange
  4. Ajouter 100g de farine et deux oeufs ; bien mélanger à la cuillère en bois
  5. Ajouter encore 150g de farine, deux oeufs et les raisins égouttés ; mélanger jusqu'à obtenir une préparation lisse
  6. Faire fondre 75g de beurre et verser chaud sur la pâte sans mélanger
  7. Laisser reposer la pâte 15-20 minutes (jusqu'à une demi-heure) ; elle doit gonfler significativement ; incorporer le beurre
  8. Beurrer un moule à kouglof et le garnir de préparation ; couvrir d'un linge et laisser pousser une vingtaine de minutes, jusqu'à ce que la pâte atteigne le haut du moule
  9. Pendant ce temps, préchauffer le four à 170°C ; enfourner le baba et le cuire 40 minutes
  10. Démouler le baba et le laisser refroidir et sécher légèrement quelques heures
  11. Porter à ébullition 500 mL d'eau avec 250g de sucre, 3 bâtons de cannelle, 1cc de cannelle et 1/2 zeste d'orange ; retirer du feu, ajouter 10 cL de rhum et laisser refroidir jusqu'à 60°C ; filtrer le sirop
  12. Placer le baba dans un plat ; Prélever des louches de sirop et en imbiber le baba ; la quasi-totalité du sirop doit être absorbée ; égoutter
  13. Monter la crème en chantilly avec les graines de vanille et un peu de sucre glace ; garnir le centre du baba de crème et servir.

Pour varier, la crème à tropézienne, composée en proportions égales de crème fouettée et de crème pâtissière, constitue une bonne alternative à la crème chantilly ! (voir commentaires)


La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi, leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas "développés". Notre vie ; et aussi la vie des autres ; car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune.
Marcel Proust, Le temps retrouvé

jeudi, février 17, 2011

Gnocchi Fondantissimes (Italia VIII)

Je souhaiterais, à l'ocassion de ce post, rendre hommage au blog de Silvia, Savoirs et Saveurs, véritable mine de recettes italiennes et d'infos pratiques pour ne pas les rater. Je cherchais récemment à composer un dîner végétarien pour des amis, et je suis tombée sur cette idée formidable des gnocchis de céleri rave accompagnés de leur sauce très fromagée. J'ai jugé que c'était une bonne façon d'employer le céleri rave qui végétait dans mon frigo (initialement destiné à finir en salade selon les recettes de Jamie Oliver, mais bon). De plus, j'ai pu gagner du temps le jour J en préparant les gnocchi la veille et en les congelant jusqu'au moment de les plonger dans l'eau bouillante.

La préparation des gnocchi est une tâche délicate. Je m'y suis essayée à quelques reprises, ma première tentative ayant été une catastrophe complète. Je crois qu'il est essentiel d'avoir tout d'abord une bonne recette de base, qui donne une pâte ni trop farineuse (gnocchi durs) ni trop humide (gnocchi pâteux qui se dissolvent à la cuisson). L'état des ingrédients compte également pour obtenir une bonne texture : des patates vieilles contiendront plus d'amidon que des patates nouvelles, une purée de céleri egouttée toute la nuit sera moins humide...etc... La cuisson est évidemment une étape cruciale. L'eau doit être bouillonnante, il faut donc plonger quelques gnocchi à la fois seulement et les retirer à l'écumoire une fois qu'ils sont remontés à la surface. Cette fois-ci, j'ai utilisé deux casseroles en même temps pour optimiser la rentabilité. Le céleri rave ajouté aux pommes de terre rend les gnocchi très moelleux et donne un petit goût subtil qui se marie très très bien avec la noisette.


Qu'est-ce qu'il nous faut ?

3-4 grosses patates, vieilles
1 petit céleri rave
300g de farine

1 belle tranche de gorgonzola
1 belle tranche de fontina
une brique de crème fraîche liquide
une poignée de noisettes décortiquées
du beurre
du parmesan fraîchement râpé

Comment procéder ?

  1. Cuire les pommes de terre en robe des champs à l'eau bouillante. Peler le céleri et le couper en cubes, les cuire à l'eau bouillante
  2. Peler les pommes de terre et les passer au moulin à légumes. Ecraser la purée de céleri et ajouter 350g aux pommes de terre
  3. Ajouter la farine et mélanger du bout des doigts, amalgamer en une boule de pâte élastique
  4. Prélever des boulettes de pâte et former des rouleaux longs et minces
  5. Détailler chaque rouleau en gnocchi de 2 cm au couteau. Rouler les gnocchi dans la farine et les marquer d'un coup de fourchette (avec le dos)
  6. Disposer les gnocchi dans un plat ou une grande assiette, bien séparés les uns des autres. Laisser figer au congélateur pendant 2 heures, puis les ranger dans des sacs de congélation et remettre au froid.
  7. Griller les noisettes à sec dans une poêle, puis les couper en deux.
  8. Couper les tranches de fromage en dés. Faire fondre 7 minutes dans le beurre et la crème.
  9. Cuire les gnocchi dans une grande casserole, par groupes. Napper de sauce au fromage et parsemer de noisettes.

Comme un homme qui n'avait d'abord que des motifs peu importants de se fâcher se grise tout à fait par les éclats de sa propre voix et se laisse emporter par une fureur engendrée non par ses griefs, mais par sa colère elle-même en voie de croissance, ainsi je roulais de plus en plus vite sur la pente de ma tristesse, vers un désespoir de plus en plus profond, et avec l'inertie d'un homme qui sent le froid le saisir, n'essaye pas de lutter et trouve même à frissonner une espèce de plaisir.


Marcel Proust, La Prisonnière.

samedi, février 05, 2011

Salade de Petit Epeautre et Potimarron au thé Yunnan


En cette période hivernale, la bouffe, disons-le, est source de réconfort. Et en particulier, dans mon cas, toutes ces courges aux noms enchanteurs (musquée, spaghetti, delica... ), aux textures déroutantes et aux couleurs enthousiastes ! Ce mariage de petit épeautre, potimarron et thé résulte d'une synthèse entre un post de Clotilde, un livre sur la cuisine au thé et la Rock'n'roll cuisine de Jamie Oliver...

L'Esprit :

Equilibre et saveurs pour ce plat, qu'on peut considérer comme une assiette complète végétarienne ou une salade tiède à servir en accompagnement de poisson, charcuterie, poulet... Il met à l'honneur le petit épeautre cuit dans une eau parfumée au thé et le potimarron (pas loin d'être mon légume préféré) rôti au four, dont la chair douce et tendre fond presque littéralement en bouche. L'ensemble est relevé d'épices chaudes, enrobé d'un filet d'huile d'olive et surmonté de copeaux de vieux comté.

Qu'est-ce qu'il nous faut ?

1 petit potimarron orangé
1/2 paquet de petit épeautre bio
1 morceau de comté affiné 18 mois par un maître fromager (*)
quelques noix séchées dans leur coque
1 poignée de graines de coriandre
une pointe de couteau de piment
du thé Yunnan en vrac
de l'huile d'olive

(*) le mien venait de la fromagerie "Au Vieux Gourmet", 3 Rue Orfèvres à Strasbourg, où le Meilleur Ouvrier de France Cyrille Lorho officie.

Comment procéder ?
  1. Mesurer le volume de 200-250g de petit épeautre et mettre dans une casserole. Verser 2 x ce volume en eau et porter à ébullition.
  2. Préchauffer le four à 200°C. Laver et couper le potimarron en morceaux de la taille d'une bouchée. Disposer les morceaux sur une plaque recouverte de papier sulfurisé. Arroser d'un filet d'huile d'olive et enfourner une fois le four chaud pour une dizaine de minutes.
  3. Laisser infuser 1cs de thé dans l'eau frémissante pendant 5 minutes, puis retirer. Poursuivre la cuisson du petit épeautre environ 40 minutes.
  4. Ecraser au mortier ou au rouleau à pâtisserie une petite poignée de grains de coriandre, mêler au piment et à un peu de sel. Saupoudrer ce mélange d'épices sur les morceaux de potimarron et poursuivre la cuisson au four encore une dizaine de minutes.
  5. Décortiquer les noix (2 techniques : l'ordinaire cass-noisettes ou insérer la pointe d'un couteau dans le derrière de la coque de noix à l'horizontale et tourner le couteau de 90°C en position verticale... magique !) et le disposer avec les morceaux de potimarron. Griller au four 5 minutes de plus.
  6. Egoutter les grains de petit épeautre et mélanger avec les morceaux de potimarron bien tendres.
  7. Racler des copeaux de fromage à l'économe et les déposer par-dessus la salade chaude. Servir sans attendre, parsemer éventuellement de brins de persil frais.

Aussi est-ce en pure perte pour elle que sa maîtresse le fait tant souffrir. Dissipe-t-elle au contraire, d'un mot adroit, de tendres caresses, les soupçons qui le torturaient bien qu'il s'y prétendît indifférent, sans doute l'amant n'éprouve pas cet acroissement désespéré de l'amour où le hausse la jalousie, mais cessant brusquement de souffrir, heureux, attendri, détendu comme on l'est après un orage quand la pluie est tombée et qu'à peine sent-on encore sous les grands marroniers s'égoutter à longs intervalles les gouttes suspendues que déjà le soleil reparu colore, il ne sait comment exprimer sa reconnaissance à celle qui l'a guéri. Albertine savait que j'aimais à la récompenser de ses gentillesses, et cela expliquait peut-être qu'elle inventât pour s'innocenter des aveux naturels, comme ses récits dont je ne doutais pas et dont l'un avait été la rencontre de Bergotte alors qu'il était déjà mort. Je n'avais su jusque-là de mensonges d'Albertine que ceux que, par exemple, à Balbec m'avait rapportés Françoise et que j'ai omis de dire bien qu'il m'eussent fait si mal : " Comme elle ne voulait pas venir elle m'a dit : 'Est-ce que vous ne pourriez pas dire à Monsieur que vous ne m'avez pas trouvée, que j'étais sortie ?' " Mais les inférieurs qui nous aiment, comme Françoise m'aimait, ont du plaisir à nous froisser dans notre amour-propre.

Marcel Proust, La Prisonnière.

dimanche, octobre 24, 2010

Darioles au Chocolat Mollet


Moelleux aux coeurs coulants, cakes fourrés aux pâtes de fruits, muffins garnis de ganache onctueuse, autant de variantes d'un Must du monde des desserts : la dariole au chocolat mollet. Ce bijou de classe réalisé en un tour de main nous vient de deux Michel, Troisgros et Guérard, et peut être dégusté au Central, à Roanne (42). La première fois que j'y suis allée dîner, on m'a servi en dessert un excellent moelleux au chocolat, accompagné d'une boule de vanille. Quelle ne fut pas ma surprise, quand, engloutissant l'antépénultième bouchée, je m'entendis annoncer : "Excusez-nous, Mademoiselle, nous avons eu un petit souci de cuisson, nous vous apportons une autre dariole tout de suite." Bien que n'ayant plus très faim, je ne résistais pas à la tentation d'un petit extra. Ma deuxième dariole avait l'apparence de la première, mais... à l'intérieur, l'appareil au chocolat fumant n'était pas cuit ! Il coulait littéralement. Je me régalai de cette version-ci dans une formidable extase gustative.

Darioles au chocolat mollet, compote de poirespour 4 personnes

  • 100g de chocolat noir (2/3 à 56% et 1/3 à 74%)
  • 100g de beurre mou
  • 80g de sucre
  • 50g de farine
  • 4 oeufs
  • 3 poires, pelées
  • 1 bâton de cannelle
  • 1 étoile de badiane
  • sucre
Faire fondre le chocolat au bain-marie
Ajouter
le beurre et mélanger pour homogénéiser
Battre
les oeufs avec le sucre
Verser
la farine et mélanger
Incorporer
au mélange chocolaté
Laisser
reposer au frais quelques heures

Couper
les poires en dés
Mettre
dans une casserole avec le sucre et les épices
Laisser compoter sur feu doux une vingtaine de minutes

Beurrer
et fariner quatre moules à darioles
Remplir
de préparation chocolatée aux 3/4
Enfourner
à 200°C pour 7 minutes
Démouler
: le bord doit être cuit, mais l'intérieur coulant

Disposer dans une assiette, avec un peu de compote de poires et une boule de crème glacée à la vanille de Madagascar.

Vous pouvez aussi tenter le coulant chocolat pistache.
Le Central
20 Cours de la République - ROANNE

Il y a des regards particuliers et qui ont l'air de vous reconnaître, qu'un jeune homme ne reçoit jamais de certaines femmes - ou de certains hommes - que jusqu'au jour où ils vous connaissent et apprennent que vous êtes l'ami de gens avec qui ils sont liés aussi.

Sodome et Gomorrhe, Marcel Proust.

vendredi, avril 09, 2010

When British Style meets Pralus !


On avait les scones.
On avait la Praluline (et sa version plus traditionnelle qu'est la brioche de Saint-Génix, nous y reviendrons bientôt...).
Let's go for Scones à la Praline !
La praline se doit d'être achetée chez Pralus, évidemment.
Le scone se doit d'être englouti à peine refroidi, of course !

Et c'est en somme une façon comme une autre de résoudre le problème de l'existence, qu'approcher suffisamment les choses et les personnes qui nous ont paru de loin belles et mystérieuses, pour nous rendre compte qu'elle sont sans mystère et sans beauté ; c'est une des hygiènes entre lesquelles on peut opter, une hygiène qui n'est peut-être pas très recommandable, mais elle nous donne un certain calme pour passer la vie, et aussi -- comme elle permet de ne rien regretter, en nous persuadant que nous avons atteint le meilleur, et que le meilleur n'était pas grand-chose -- pour nous résigner à la mort.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

mardi, mars 30, 2010

Brioches en Croix Anglaises


Les anglais et le p'tit dèj, parlez-moi-s-en !
Ils sont fortiches dans le domaine des biscuits et autres brioches qui se dégustent à l'heure du thé, le petit doigt en l'air, avec de la porcelaine distinguée. Ils préfèrent les beans, eggs and bacon and co pour démarrer la journée... bah, ils ont tort ! Sus aux scones, muffins, shortbreads... sus aux hot cross buns aussi !!

Hot Cross Buns
recette de Donna Hay, dans son livre Gourmandises
pour 6 personnes


  • 600g de farine tamisée
  • 1cs de levure lyophilisée
  • 375 mL de lait tiède
  • 50g de beurre fondu
  • 115g de sucre
  • 1 oeuf
  • 250g de raisins de Smyrne
  • 2cc de cannelle
  • 1cc de muscade
  • 70g de farine
  • 80 mL d'eau
  • sirop d'orange



Mettre
la levure, 2cc de sucre et le lait dans une jatte
Laisser
reposer 5 minutes pour activer la levure => mélange mousseux
Ajouter
la farine, les épices, le beurre, l'oeuf et le sucre restant
Incorporer
les raisins, et langer avec un couteau à beurre => pâte collante
Pétrir la pâte 8 minutes environ => souplesse et élasticité
Laisser reposer à couvert dans un endroit chaud pendant 1 heure
Diviser
la pâte en 12 boulettes et déposer dans un moule carré
Couvrir
d'un torchon et laisser pousser 30 minutes au chaud
Délayer
la farine dans l'eau, tracer des croix sur les boules
Cuire
au four à 35 minutes à 200°C
Badigeonner
de sirop d'orange à la sortie du four.

C'est que pas plus que ce n'est le désir de devenir célèbre, mais l'habitude d'être laborieux qui nous permet de produire une oeuvre, ce n'est l'allégresse du moment présent, mais les sages réflexions du passé, qui nous aident à préserver le futur. Or, si déjà, en arrivant à Ribevelle, j'avais jeté loin de moi ces béquilles du raisonnement, du contrôle de soi-même qui aident notre infirmité à suivre le droit chemin, et me trouvais en proie à une sorte d'ataxie morale, l'alcool, en tendant exceptionnellement mes nerfs, avait donné aux minutes actuelles une qualité, un charme qui n'avaient pas eu pour effet de me rendre plus apte ni même plus résolu à les défendre ; car en me les faisant préférer mille fois au reste de ma vie, mon exaltation les en isolait ; j'étais enfermé dans le présent, comme les héros, comme les ivrognes ; mommentanément éclipsé, mon passé ne projetait plus devant moi cette ombre de lui-même que nous appelons notre avenir ; plaçant le but de ma vie, non plus dans la réalisation des rêves de ce passé, mais dans la félicité de la minute présente, je ne voyais pas plus loin qu'elle.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

vendredi, janvier 08, 2010

Onigiri pas très catholiques !


Do you know Onigiri ?
Il s'agit de petits snacks japonais, des espèces de boulettes (même si elles ont plutôt une forme triangulaire) au riz, qu'on peut manger à toute heure, qui sont super pratiques à trimballer et à croquer ! Elles sont confectionnées à partir de riz collant/gluant qu'on amalgame à la main ou dans des moules... et justement, j'ai récemment fait l'acquisition de moules (avec ma superbe Bento Box) tout beaux tout roses ! (je deviens Kawaï, ça craint)

Je ne résiste pas à l'envie de vous livrer ma recette, avec une procédure particulière de cuisson du riz, pour celles et ceux qui, comme moi, ne disposent pas de l'indispensable rice cooker.

Onigiri au maïs

  • 1 verre de riz rond japonais
  • 1,5 verre d'eau
  • 1/2 boîte de maïs
  • mélange d'épices pour onigiri
Rincer le riz à l'eau froide plusieurs fois (genre 3), jusqu'à ce que l'eau devienne claire.
Mettre le riz dans une casserole et recouvrir d'eau
Porter à ébullition à feu moyen
Donner un tour à la cuillère en bois hors du feu
Cuire 10 minutes à feu doux et à couvert
Laisser encore gonfler 10 minutes à couvert, hors du feu
Mélanger avec le maïs et les épices, laisser refroidir un peu
Mouiller ses mains et les moules
Prélever des portions de riz en remplir les moules
Presser pour former des onigiri, démouler immédiatement.

Rien de plus simple !

Pour dénicher les ingrédients, à Paris, l'adresse Kioko, 46 rue des Petits Champs (2ème).

Les lieux que nous avons connus n'appartiennent pas qu'au monde de l'espace où nous les situons pour plus de facilité. Ils n'étaient qu'une mince tranche au milieu d'impressions contigües qui formaient notre vie d'alors ; le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant ; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas, comme les années.

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu.


vendredi, octobre 16, 2009

I Love The Way You Taste

even though you look weird.
Certains sont fanas des tartes toutes simples de leur maman, celles avec de la pâte toute fine qu'on garnit de fruits du jardin (cherchez le jeu de mots) bien mûrs et sucrés. Moi, je préfère les crumbles. C'est à peu près le même principe, c'est plus sexy parce que c'est anglais (ouh, l'intox), c'est plein de jus mais ça croque aussi sous la dent, c'est moelleux par instant, ça fait une bouillie de subtiles saveurs dans la bouche, c'est cool.

Crumble Pommes - Coing
pour 4 personnes

  • 5 pommes (du jardin), pelées et coupées en dés
  • 2 coings (d'un autre jardin), pelés et coupés en dés
  • 1cs de sucre
  • 1 poignée d'amandes (que vous aurez ramassées, mais si, mais si), en bâtonnets
  • 100-120g de farine
  • 50g de sucre
  • 50-60g de beurre froid, en dés

Mélanger
du bout des doigts et rapidement la farine, le sucre et le beurre
Placer
au frais jusqu'à utilisation
Chauffer
une poêle et ajouter les dés de coings
Saupoudrer
de sucre et laisser caraméliser 7 minutes
Mélanger
les dés de fruits et garnir un moule à manquer
Ajouter
les amandes par-ci par-là
Répartir
la pâte à crumble par-dessus
Cuire
30 minutes à 180-190°C.
On pourrait même rajouter de la cannelle, tiens.

Et ce n'est pas cependant qu'elle n'aspirât parfois à quelque plus grand changement, qu'elle n'eût de ces heures d'exception où l'on a soif de quelque chose d'autre que ce qui est, et où ceux que le manque d'énergie ou d'imagination empêche de tirer d'eux-mêmes un principe de rénovation, demandent à la minute qui vient, au facteur qui sonne, de leur apporter du nouveau, fût-ce du pire, une émotion, une douleur ; où la sensibilité, que le bonheur a fait taire comme une harpe oisive, veut résonner sous une main, même brutale, et dût-elle en être brisée ; où la volonté, qui a si difficilement conquis le droit d'être livrée sans obtacle à ses désirs, à ses peines, voudrait jeter les rênes entre les mains d'événements impérieux, fussent-ils cruels.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

mercredi, octobre 14, 2009

Is Life Worth It ?

A toutes les bégueules, à tous les handicapés de l'amour, à tous les peureux de la Terre... jouissez !


Que nous croyions qu'un être participe à une vie inconnue où son amour nous ferait pénétrer, c'est, de tout ce qu'exige l'amour pour naître, ce à quoi il tient le plus, et qui lui fait faire bon marché du reste. Même les femmes qui prétendent ne juger un homme que sur son physique, voient en ce physique l'émanation d'une vie spéciale. C'est pourquoi elles aiment les militaires, les pompiers ; l'uniforme les rend moins difficiles pour le visage ; elles croient baiser sous la cuirasse un coeur différent, aventureux et doux ; et un jeune souverain, un prince héritier, pour faire les plus flatteuses conquêtes, dans les pays étrangers qu'il visite, n'a pas besoin du profil régulier qui serait peut-être indispensable à un coulissier.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

vendredi, juillet 18, 2008

White Chocolate Chunk & Brasil Nut Cookies

Après le succès des Cookies au Chocolat et au Gingembre, je creuse un peu plus le filon avec, en vedettes, des chunks de chocolat blanc et des noix du Brésil. Cette deuxième réalisation s'avère tout aussi moelleuse que la première ! et me donne envie de me pencher plus avant sur la question du COOKIE.

Le terme anglais "cookie" signifie simplement "biscuit". En France, on nomme "cookies" des biscuits particuliers d'origine américaine. Les premiers "cookies", en réalité la première version de "chocolate chunk cookies", furent inventés dans la région de Boston dans les 30's par Ruth Wakefield. Ruth ajouta des morceaux de chocolat "semi-sweet" à sa pâte de biscuit, qui ne fondirent pas à la cuisson... le CCC était né !

Aujourd'hui il existe toutes sortes de recettes de Cookies, aux rendus plus ou moins croustillants ("thin and crisp"), moelleux ("soft and chewy"), tendres ("cakey"). Je pense que les deux recettes que j'ai utilisées pour l'instant donnent des cookies moelleux. Elles contiennent des proportions à peu près identiques de farine, beurre et sucre, comme cette recette d'Estelle. Pour obtenir des cookies plus croustillants, il faudrait ajouter plus de farine, à l'image de cette recette d'Estelle et de celle-ci de Pierre Hermé, et aplatir un peu plus les boules de pâte avant cuisson.

J'ai de quoi me lancer dans la quête du cookie absolu avec tout ça !... Anyway, en attendant je vous laisse en compagnie de mes délicieux White Chocolate Chunk and Brasil Nut Cookies.

White Chocolate Chunk and Brasil Nut Cookies

12 cookies

  • 120g de beurre
  • 1 jaune d'oeuf
  • 50g de cassonade
  • 50g de sucre
  • 30g de poudre d'amandes
  • 125g de farine
  • 1/3cc de levure chimique
  • pépites de chocolat blanc
  • noix du Brésil concassées
  • 1 bouchon de fleur d'oranger
Battre le beurre en pommade avec le sucre et la cassonade
Ajouter
le jaune d'oeuf, un peu d'eau et la fleur d'oranger, mélanger
Incorporer
la poudre, la farine et la levure tamisées => pâte sablée
Ajouter
les pépites de chocolat et les noix, amalgamer
Disposer
des tas de pâte sur une plaque de cuisson
Cuire
15 minutes à 150-160°C.

"Un autre incident fixa davantage encore mes préoccupations du côté de Gomorrhe. J’avais vu sur la plage une belle jeune femme élancée et pâle de laquelle les yeux, autour de leur centre, disposaient des rayons si géométriquement lumineux qu’on pensait, devant son regard, à quelque constellation. Je songeais combien cette jeune femme était plus belle qu’Albertine et comme il était plus sage de renoncer à l’autre. Tout au plus le visage de cette belle jeune femme était-il passé au rabot invisible d’une grande bassesse de vie, de l’acceptation constante d’expédients vulgaires, si bien que ses yeux, plus nobles pourtant que le reste du visage, ne devaient rayonner que d’appétits et de désirs. Or, le lendemain, cette jeune femme étant placée très loin de nous au Casino, je vis qu’elle ne cessait de poser sur Albertine les feux alternés et tournants de ses regards. On eût dit qu’elle lui faisait des signes comme à l’aide d’un phare. Je souffrais que mon amie vît qu’on faisait si attention à elle, je craignais que ces regards incessamment allumés n’eussent la signification conventionnelle d’un rendez-vous d’amour pour le lendemain. Qui sait? ce rendez-vous n’était peut-être pas le premier. La jeune femme aux yeux rayonnants avait pu venir une autre année à Balbec. C’était peut-être parce qu’Albertine avait déjà cédé à ses désirs ou à ceux d’une amie que celle-ci se permettait de lui adresser ces brillants signaux. Ils faisaient alors plus que réclamer quelque chose pour le présent, ils s’autorisaient pour cela des bonnes heures du passé."

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe.